30 novembre 2021

L’art de tourner le dos à son électorat

Respecter ses promesses électorales, sinon démissionner : voilà ce que nos ancêtres patriotes exigeaient des élu-es, du moins en temps de crise. Cette éthique de responsabilité et d’imputabilité a été jetée par-dessus bord depuis. Uniquement à Saint-Bruno depuis 2017, les élu-es du parti Montarvillois ont quitté les uns après les autres l’organisation ayant soutenu leur candidature pour devenir soi-disant indépendants. De la part de ces élu-es, il n’y a pas eu d’explications publiques, il n’y a pas eu cet élémentaire respect de l’électorat ayant accordé son suffrage sur la base d’une plate-forme électorale : valeurs, principes et programme de réalisations. De nos jours, bien des personnes élues exigent de leurs commettant-es une confiance aveugle, faisant mine d’oublier que cette confiance ne leur a été accordée, au contraire, que sous promesse du respect de leurs engagements.

Retournons deux siècles en arrière. Alors, les gens du Québec sont à ce point exaspérés par les promesses non-tenues, ainsi que par la corruption à la grandeur de la province et dans les hautes sphères de leur gouvernement exécutif, qu’ils en sont venus à réclamer des garanties de la part des hommes aspirant au pouvoir législatif. Du moins, c’est ce qui se passe dans le comté de Chambly – dont fait partie la seigneurie de Montarville – lors des élections à l’Assemblée législative de la province, ainsi que la gazette La Minerve en fait état. Un comité de surveillance et de correspondance du comté est formé après les élections générales de 1830. Trois ans et demi plus tard, les 92 Résolutions sont votées par le Parlement et le peuple se doit de soutenir ses représentants démocrates qui réclament à la mère patrie des réformes vitales. Il n’est plus question de fermer les yeux sur un député pour qui tous les prétextes sont bons pour renier sa parole concernant les revendications fondamentales, essentielles pour la liberté et la démocratie. Or, le député sortant, Frédéric A. Quesnel, a « abandonné les principes par lui manifestés au dernier poll » en votant contre les 92 Résolutions et en abjurant les causes chères à l’électorat.

Les membres du comité de surveillance et de correspondance, réunis chez François Viau dit Lespérance au village de Longueuil, se mettent donc à l’œuvre en vue de l’élection de la fin de l’année 1834. Peut-être imitent-ils leurs concitoyens du comté de LaPrairie, en se donnant le pouvoir « d’exiger des garanties de leurs élus, déposées entre les mains du président ou secrétaire du comité, à l’effet qu’ils respecteront leurs promesses faites au moment de l’élection ». Dans LaPrairie, à l’ouest du comté de Chambly, il est d’autant plus crucial de détenir ce pouvoir que l’un des deux élus sortants, Austin Cuvillier, est devenu un vire-capot depuis l’élection de 1830, un traître à ses principes exhibés sur l’estrade électorale. Les électeurs pourront donc requérir une démission des députés en cours de mandat s’ils « contreviennent aux désirs de leurs constituants ». Certes, une telle vigile démocratique est devenue cruciale pour le peuple du Québec, qui voit pendre au bout de son nez une terrifiante répression militaire, celle des Rébellions de 1837 et 1838. Néanmoins, comment se fait-il que depuis, la vigilance s’est à ce point relâchée? Nous oublions aujourd’hui que la démocratie est une chimère si elle ne s’exerce pas en continu; qu’un mandat de député ou de conseiller municipal n’est pas un chèque en blanc de la part de son électorat; et qu’il faut de très bonnes raisons pour répudier une équipe de militant-es regroupé-es au sein d’un parti, puis la majorité des gens ayant ensuite pris soin de voter. Il serait plus que temps de reconquérir le pouvoir fondamental de demander des comptes… bien avant l’élection suivante.